VISAGES DE KABYLIE

Une journée en Kabylie

Contemplations ?

mercredi 27 août 2008 par Icare

Ceci est la réflexion d’un jeune Kabyle parti passer des vacances chez lui... Chez les siens. En si peu de temps, il a observé un phénomène, le « hitisme », qui l’a rendu morose et nous a fait part de sa pensée dans cette petite réflexion qui suit.

Une journée en Kabylie.

Un auteur algérien a intitulé l’un de ses livres « alphabétiser le silence. » Avec mon œil si jeune, je tente alors d’alphabétiser celui des miens… De ces « hitistes » ou, comme certains les appellent, ces survivants. Ceux-là mêmes qui, aujourd’hui peuplent mon village. Ils sont la jeunesse, théoriquement, l’avenir de mon Algérie… Qu’ils soient face à la mer, dos au mur ou attablés dans un café, le plus souvent sans consommation sur leur table, ou encore à l’ombre un arbre, ils ont tous une chose en commun : le désespoir.

Ils n’ont, me semble-t-il, pas de rêves... Ou très peu... A vrai dire, ils ont un seul rêve : celui de partir sous d’autres cieux, quitter ce pays dont la terre est si merveilleuse et riche, mais dont le cœur des hommes est si pauvre. Oui, ils ont aussi cette chose en commun.

Charles Baudelaire, un autre auteur, mais français celui-là, a dit dans ses écrits que le plus grand péché des hommes serait l’ennui. Si tel est le cas, ce dont je ne doute pas un instant, alors ceux des miens qui inspirent ces quelques mots ne cessent de pécher depuis des dizaines d’années maintenant… Et à longueur de journées.

Il m’arrive parfois de faire 45 minutes pour aller de chez moi jusqu’à Paris, de m’asseoir dans un café et d’observer le flot de la foule, comme je le fais aujourd’hui, mais de l’autre côté de cette mare qui sépare l’Afrique de l’Europe. J’observe donc ce flot d’humains, cette foule qui coule tel un fleuve dans les rues de Paris, plus dense que la Seine qui la traverse... J’aime humer cet air pollué, mais doux et frais à la fois… Ces moments, je les trouve si précieux, même si, dans cette foule, je suis « seul. » Parce que ces moments sont si rares.

Ces moments de privilège dont on ne dispose pas souvent, sont, ici, chez les miens, une simple banalité qui n’a rien de privilégiée. C’est, en fait, l’usage le plus courant dont ces hommes font de leur vie… Du temps dont ils sont inconsciemment prisonniers.

Mazigh BOUAICH, Le 5 août 2008.


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